Je ne sais pas vous, mais moi j’ai passé un excellent weekend. Les plages désertes du mois d’octobre, la Méditérranée encore chaude, une compagnie délicieuse et les troquets de Saint Chinian que j’aie laissé derrière moi… J’en étais donc à continuer d’admirer les jolies choses de la vie lorsque je m’arrêtais, pour une courte pause de poésie pixillatoire, sur le travail d’Amélie Scotta qui n’est pas sans rappeler celui, incontournable, de Pascal Baes, dont on parlait plus tôt… Allez ! Je nous laisse apprécier…

Normal ! A 4 heures du mat’, j’suis tranquillement en train de prier Saint Hank Moody de me délivrer du Bien, quand le timbre du téléphone trouble soudainement ma repentance :
« Allo ! » Dis-je, perplexe. « Que me le vaut-il ? »
« (…) Ah ! Hi ! Hi !.. J’suis en train de faire des crêpes… »
« Oui !?.. »
« J’avais envie d’sucré… Alors j’fais des crêpes… Euh ! Ho !.. »
« C’est bien… »
« Hi ! Hi !.. (bruits divers…) J’sais pas pourquoi j’appelle ! »
« (…) Faut qu’on parle… »
« (… & le ding-dong de Windows) »
« Je… Tu… Nous… (bla, bla, bla…) »
« Dis pas ça… »
« Mais je dis ce que je veux… »
« (…) »
« On se voit quand ? »
« (…) »
« Ou pas… ! »
« (…) J’ai bu trois litres de vin… Hi ! Hi !.. »
« Oui ?!.. »
« Mais pas toute seule… »
« Oui… »
« J’aurais pas du appeler ! »
« Bon… »
« C’est mieux comme ça… »
« Oui… Mais non ! Je… Tu… Nous… (bla, bla, bla…) »
« Dis pas ça… »
« Mais je dis ce que je veux ! »
« T’es con… »
« Fallait pas appeler… »
« Mais t’as dit ça ! Et encore ça !.. »
« Beuh !.. Et toi t’as rien dit ! »
« Si ! Mais tu comprends que ce que tu veux ! »
« J’comprend c’que j’peux… »
« Facile !.. Puis on n’y est pas du tout ! »
« On est où on veut !.. »
« Hi ! Hi ! Trois litres de vin… »
« Perspective et point de vue… »
« Faut qu’j'arrête de boire ! »
« Je t’aime… »
« Dis pas ça… »
« Mais je dis ce que je veux… »
« (…) »
« On se voit quand ? »
« T’es con… »
« Fallait pas appeler… »
« C’est mieux comme ça… »
« J’suis pô convaincu ! Je… Tu… Nous… (bla, bla, bla…) »
« Dis pas ça… »
« Ouais ! En fait, t’as raison. Allez ! Bisous, bye ! »
Ca arrive comme ça… Lorsque t’as fini de te demander « … Mais pourquoi suis-je ?.. », le soleil te mange la face sans retenue. Les déjections de clebs semblent avoir déserté le trottoir déroulé pour toi. La grande-nouvelle-qui-t’a-jamais-vu te donne deux croissants-beurre sur un « Mais ce n’est pas grave Monsieur ! Vous viendrez les payer plus tard !.. » Puis tu passes le Musée des Augustins avant de traverser la rue de Metz… Là, un air des Brazilian Girls… Une fille magnifique perchée sur son vélo te sourit comme à un vieil ami, avant de disparaître au coin d’Alsace-Lorraine… Tu continues, amusé de cette complicité aussi inattendue qu’éphémère, vers la rue Croix-Baragnon. Tu fais tes résa d’hôtel. Les proprios ne te laissent plus partir, te racontent leur projet de voyage à Brisbane… Tu souris et expliques gentiment qu’il te faut encore passer à la Galerie Daudet, rue de la Trinité, parce que tu n’auras pas le temps de faire le vernissage du soir… Puis, une fois que c’est fait, tu t’arrêtes Place des Carmes pour prendre un petit café… Toutes les tables sont occupées, mais ce n’est pas grave… Tu t’assoies sur les marches et goûtes encore le sourire de la femme à la bicyclette, la clope, le kawa et le soleil… Tu te lèves et pars bosser. T’as pas de regrets parce que tu as ce bol inouï d’aimer ce que tu fais !.. Ensuite, lorsque tu sors, le soleil est encore là. Comme s’il t’attendait. Alors, tu remontes les Allées Jean Jaurès jusqu’à la sieste qui t’attend dans ce havre de paix, à l’ombre de l’église Saint Sylve. Le téléphone sonne. Tu te Lèves, te changes et pars… Le Phare est à Tournefeuille. A perpèt’ ! Mais ça ne change rien. Tu retrouves ton pote devant la salle, puis d’autres après la première partie. Et là !.. Mais là… Tu te fais démonter la tête par Alice Russell et ses musiciens !.. Ca arrive comme ça…
¡ Chevere, pana !
Où Françoise Sagan me fait chavirer, parce que je le vaux bien !..
(…) Il dirait « oui, bien sûr » avec l’espèce de satisfaction qu’il prenait chaque fois à découvrir les tricheries de la vie, un réel enthousiasme à commenter l’absurdité de l’existence, leur entêtement à la prolonger. Seulement, tout cela était compensé chez lui par une incessante vitalité, de durs appétits et, au fond, un grand contentement d’être qui ne s’arrêtait qu’avec son sommeil. Alors, il s’endormait d’un coup, la main sur le cœur, aussi attentif à sa vie en dormant qu’éveillé. (…)
« Et vous, je vous accuse de n’avoir pas fait votre devoir d’être humain. Au nom de ce mort, je vous accuse d’avoir laissé passer l’amour, d’avoir négligé le devoir d’être heureuse, d’avoir vécu de faux-fuyants, d’expédients et de résignation. Vous devriez être condamnée à mort, vous serez condamnée à la solitude. »
Il s’arrêta, but son verre de vin d’un trait. (…)
Vous êtes seule, le dimanche ; vous dinez seule et probablement vous… vous dormez seule souvent. Moi je dormirais contre vous, je vous tiendrais dans mes bras toute la nuit, et je vous embrasserais pendant votre sommeil. Moi, je peux encore vous aimer.
© Aimez-vous Brahms… : Françoise Sagan

… et à dans une semaine (si j’me gamelle pas trop…)
