La quarantaine selon Llop…
14 juin 2008 - 11:47José Carlos Llop est un écrivain fascinant à plusieurs égards. Mais j’suis pas là pour ça ! Cette année il aura… j’aurai… pfuuii ! j’veux même pas en parler. Lui, en revanche, le fait très bien…

… J’ai quarante-deux ans et je commence à ne pas me reconnaître dans les miroirs. L’âge des métamorphoses a commencé. Je ne reconnais pas l’homme qui est en face de moi au commencement de la journée, en pyjama, pas rasé, et je ne reconnais pas non plus l’homme qui traverse la rue et se reflète dans une vitrine. C’est comme une réaction chimique ratée : un beau jour on traverse la rue et, de l’autre côté, la vitrine d’un magasin reflète l’image d’un inconnu qui s’approche de vous et qui porte les mêmes vêtements que ceux que vous avez mis après vous être douché. Un inconnu qu’il convient de ne pas aborder. Ensuite vous souriez, et dans ce sourire il y a une ombre de ce qui n’existe déjà plus et un nouveau pli amer auquel vous devez vous habituer comme on s’habitue à un nouveau quartier ou à un nouveau travail. Sans s’y habituer. Nous avons beau être nomades, nous ne nous habituons jamais à ce nomadisme intérieur qui nous change de l’extérieur au point de nous rendre méconnaissables et qui transforme la vie adulte en une incertitude, où la recherche de traces qui puissent confirmer qu’un jour on a été un autre – qu’on a cessé d’être – constitue l’unique certitude. Et comment était cet autre qui n’est plus là ? Et surtout, où est-il passé ? ( … )
Je les regardais l’un et l’autre : nous avions grandi et pour nous l’époque où l’on remet tout en question était terminée.
La quarantaine est cruelle parce qu’elle finit par vous rattraper, disait ma grand-mère, et maintenant je comprends pourquoi. Ce ne sont pas seulement les modifications de soi-même. Les modifications des autres contribuent aussi à nous éloigner de ce que nous avons été, car leur métamorphose se nourrit de la négation du passé. Ou de son invention. Dans la quarantaine se cache la confirmation des trahisons. C’est le moment où nous voyons clairement notre vie se séparer des autres vies. Peut-être était-ce cela que mon père fuyait ( … )
4 Commentaires
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« Dans la quarantaine se cache la confirmation des trahisons ». Y a rien de plus vrai!!!
Oui… mais bon ! Faut pas dramatiser non plus. Dans la quarantaine, on a quand même gagné la prérogative du « Frankly, my dear, I don’t give a damn. » de Rhett…
C’est beau mais imaginez Homer Simpson en train de dire ces mots. C’est autre chose quand même… Thooohhh !..
C’est beau ! Mais avec le commentaire de Pierre, c’est vraiment très drôle ! Encore, STP !..