Où « Le faire est révélateur de l’être »… (J.P.S.)

15 novembre 2008 - 16:56

Il y a des trucs comme ça qui m’épatent… Elem Klimov, après la sortie de « Idi i smotri« , déclarant tenir la clé de voute de son édifice cinématographique et, conséquemment, son œuvre terminée. Point ! Rideau ! Et plus de cinéma. En 1984, moi j’ai dit : « J’arrête de fumer… » Peau d’zob, oui ! Il y en a qui font, d’autres pas. Certains vont faire, qu’on attend toujours. Beaucoup, dans un carrousel de déclarations contradictoires, s’en vont puis reviennent. Parfois, on se demande ce que d’autres encore sont devenus. Pourquoi ils n’ont pas continué ? Pourquoi se sont-ils tus ?

langevinAndré Langevin est de ceux à qui on pourrait poser ces questions. En 1957, il a trente ans et trois romans publiés. Trois ouvrages s’inscrivant (loin de Saint Germain-des-Prés) dans une thématique existentialiste en rupture avec le courant du roman terroir qui jusque-là domine la prose de langue française au Canada. Ses personnages, orphelins ou, plus généralement, solitaires, témoignent de la souffrance de l’homme contemporain affrontant des crises d’inquiétude existentielle, d’identité ou de désespoir qui, le plus souvent, ont une issue tragique. L’ensemble écrit dans un style tendu et dépouillé, composé de phrases courtes et précises, jalonnera l’essort du roman québécois moderne en donnant un aperçu des bouleversements qui vont secouer la société québécoise. Trois bouquins incontournables, et puis s’en vont… Plus rien ! Jusqu’en 1972 où Langevin revient avec un quatrième puis cinquième roman avant de se taire à nouveau au milieu de la décennie. Il n’a pas repris la parole depuis.


« Les mots sont fragiles parce qu’ils ont trop servi. Ils s’émiettent au moindre contact comme une aile de papillon séchée. C’est pour cela que tant d’hommes ont tenté de les épingler dans les pages d’un livre.« 

André Langevin


poussiereUn jeune médecin sombre dans le désespoir… Cela ne se passe pas au Café de Flore. Cela n’a pas non plus le parfum « rive gauche » des égéries parisianistes. Non… On est plutôt au sud du sud de la rive sud du Saint-Laurent. Morne plaine. Ici, pas de jolis réverbères mais des néons criards, une tragédie existentialiste et son climat hivernal lugubre. Les pages du roman sont assombries par la poussière grise de l’amiante. L’histoire a été écrite il y a 55 ans.poussierefilm

Dans « Poussière sur la ville » Alain Dubois, médecin établi dans la petite ville minière de Macklin, révolté contre les règles répressives de la société, traîne son désespoir et son incapacité à communiquer. Incapable d’établir une relation de confiance avec la population qu’il doit servir, il sent aussi Madeleine lui échapper graduellement. Passionnée, la jeune épouse, connaîtra avec Richard Hétu une aventure à laquelle les prêtres de la paroisse mettront fin. Plus tard, le suicide de Madeleine renforcera la décision de Dubois de demeurer à Macklin pour pratiquer la médecine, autant par compassion que vengeance.

En 1968, Arthur Lamothe adapte avec succès le roman de Langevin pour le cinéma.

Voilà, voilà… Ca me fascine. D’abord le livre « Poussière sur la ville » que j’ai dû étudier au bahut, et retrouvé entre deux Eric-Emmanuel Schmidt pas intéressants du tout, mais surtout, le silence d’un auteur qui se tait lorsqu’il n’a rien à dire.

  • del.icio.us
  • Google
  • blogmarks
  • MisterWong
  • BlogMemes
  • Nuouz
  • BookmarksFR
  • Technorati
  • Reddit
  • Simpy
  • Scoopeo
  • Wikio
  • Fuzz
  • Facebook
  • Tapemoi
  • Imprimer!
  • Envoyer par e-mail!

0 Commentaire

Personne n’a encore rien dit, pour le moment...

Flux RSS de commentaires || Id. URI de rétroliens

Laisser un commentaire